Karibu - Welcome - Bienvenue à Burhinyi

Karibu - Welcome - Bienvenue à Burhinyi

Brume matinal a Burhinyi (Süd-Kivu). Photo: H.R.


Reboisement a Burhinyi avec Codimir 2010

Nouvelles 2012

Conservation de grands singes dans les aires non protégées :

la Forêt Communautaire de Burhinyi


Cet rapport en Anglais , en Allemand


"Mwenga" = site de Burhinyi

La Forêt Communautaire de Burhinyi, localisée dans la Province du Sud Kivu à l’est de la République Démocratique du Congo (RDC), est l’une des parcelles de forêt tropicale situées entre le Parc National de Kahuzi-Biega et la Réserve Naturelle d’Itombwe. Le parc et la réserve sont des habitats naturels pour de nombreuses espèces d’animaux et de plantes endémiques menacées et/ou totalement protégées, entre autres le gorille des plaines de l’est, Gorilla beringei graueri et le chimpanzé, Pan troglodytes schweinfurthii. Les récentes études effectuées sur le terrain dans la Forêt Communautaire de Burhinyi, ainsi que des rencontres avec les communautés et les autorités locales, ont confirmé que des groupes de gorilles et de chimpanzés habitent dans cette forêt non protégée. La forêt ne bénéficie d’aucun statut de protection national ou international et est actuellement gérée par des communautés locales selon des visions et des usages traditionnels basés sur l’exploitation des ressources naturelles. Ces communautés exploitent les ressources forestières et pratiquent l’agriculture de subsistance sur brûlis. Elles sont de plus en plus poussées à cette pratique par un appauvrissement général dû aux conflits armés dans la région depuis plus de 15 ans maintenant.


Ici: Kahuzie Biega, Photo: A.Mikugo

Considérant la pénurie de données sur la Forêt Communautaire de Burhinyi et les grands singes qui lʼhabitent, la vulnérabilité de la forêt à la pression humaine et les nombreuses menaces pesant sur les grands singes, Strong Roots, une organisation non gouvernementale de droit congolais a organisé une expédition de recherche dans la forêt en mars 2012. Les objectifs de ce déploiement conduit par une équipe de socio-économistes, de primatologues et de botanistes, étaient de recueillir des preuves définitives de la présence de grands singes dans la forêt, de collecter des informations préliminaires sur leur habitat, dʼavoir une meilleure compréhension du contexte socioéconomique des communautés qui vivent dans et autour de la forêt, de mieux comprendre la façon dont les communautés exploitent la forêt, et finalement de mieux comprendre le point de vue des communautés sur la conservation de la forêt.

Protection de grands singes et approches traditionnelles de conservation

La présence de gorilles et des chimpanzés dans la Forêt Communautaire de Burhinyi a été confirmée par deux différents groupes de chercheurs. Au cours d’une expédition de recherche sur les rongeurs, conduite dans la forêt par le Centre de Recherche en Sciences Naturelles de Lwiro en collaboration avec le Musée de Chicago, 26 nids de chimpanzés ont été identifiés. Une autre expédition de recherche, menée en mars 2012 par Strong Roots, a aussi identifié et photographié des nids des chimpanzés ainsi que trois nids des gorilles, dont un nid terrestre et deux nids aériens (dans les arbres), et collecté des défécations des gorilles.

Il n’existe pas de politique formelle de conservation régulant l’exploitation de la Forêt Communautaire de Bu­rhinyi, à l’exception de l’interdiction de chasser les grands singes et les babouins telle que imposée par le Mwami (autorité traditionnelle) de la Chefferie de Burhinyi en 2010, ainsi que la désignation d’une « aire sacrée » dans la forêt où tout accès est interdit sans le consentement des autorités traditionnelles. Des gorilles ont été signalés dans cette aire sacrée, connue sous le nom du Mont Rwaga.


Forêt Communautaire de Burhinyi (Photo: I.Balagizi)

Lorsque les membres des communautés sont interrogés sur la manière dont ils protègent traditionnellement la forêt, ils citent de nombreuses mesures, dont celles-ci : ne pas couper les arbres en désordre dans la forêt (les arbres doivent être abattus pour être exploités intégralement), ne pas brûler la forêt et ne pas chasser des animaux en gestation.

Des initiatives locales de protection de la forêt existent donc, mais elles ne suffisent pas pour la protection de grands singes et de leur habitat. Malgré l’interdiction traditionnelle de brûler la forêt, nous avons trouvé de nombreuses traces de cette pratique agricole et constaté l’installation de nouvelles habitations, particulière­ment dans les parties les plus denses de la forêt. Plus alarmant encore, les membres d’une communauté du groupement de Cirere ont rapporté avoir tué 50 gorilles avant l’interdiction imposée par le Mwami de chasser les grands singes, par ce qu’ils (gorilles) devenaient plus nombreux et étaient perçus comme une menace pour la population humaine. Ainsi, alors que les communautés disposent de connaissances traditionnelles pertinentes pour la conservation de la biodiversité, la pression anthropique représente une menace sérieuse pour beaucoup d’espèces, y compris celles totalement protégées par des lois nationales et conventions internationales, comme les grands singes. Ceci est dû à deux principales raisons :

Les communautés qui vivent dans et autour de la Forêt Communautaire de Burhinyi n’ont pas de connais­sance suffisante des nécessités de la conservation à long terme de la forêt. Elles ne croient pas que la simple exploitation de la forêt par des ménages, telles que la collecte de bois de chauffe et la chasse, re­présentent une menace sur la forêt, vu sa superficie.

Le contexte socioéconomique des communautés de la forêt est caractérisé par un degré de pauvreté élevé, conduisant à une grande dépendance des ressources naturelles pour leur survie. Cette situation accroît les menaces pour les grands singes et leur habitat, en particulier par l’exploitation abusive des produits ligneux et non ligneux, la chasse, l’exploitation minière artisanale et le brûlis de la forêt à des fins agricoles ainsi que la construction de nouvelles habitations.

Contexte socioéconomique des communautés de la forêt

Selon lʼIndex Multidimensionnel de Pauvreté basé sur des indicateurs socioéconomiques dans six domaines (démographie, éducation, logement, santé et sécurité alimentaire/économique), le taux de pauvreté dans les communautés qui vivent dans et autour de la Forêt Communautaire de Burhinyi est de 57%, avec 19% des ménages ayant un niveau de pauvreté sévère. Le niveau élevé de pauvreté de ces communautés a un impact direct sur les types et le degré de pression humaine auxquels la forêt et ses grands singes sont confrontés, comme le montrent trois aspects du contexte socioéconomique : la subsistance, la santé et lʼéducation.


Forêt Communautaire de Burhinyi (Photo: I.Balagizi)

Presque toutes les activités de subsistance des communautés reposent sur lʼexploitation des ressources fo­restières, et le taux très élevé de la croissance démographique (la taille moyenne des ménages est de 7,1 personnes) signifie que cet état de chose pèsera grandement sur les grands singes et leur habitat au cours des décennies avenir. Lʼagriculture et lʼélevage sont les activités de subsistance les plus importantes et sont respectivement pratiqués par 96% et 69% des ménages. La pratique plus large de lʼagriculture pose un risque particulier sur la forêt et sa population de grands singes à cause de la pratique de lʼagriculture sur brûlis. Dʼautres activités de survie incluent lʼexploitation des produits ligneux et non ligneux, la chasse, lʼexploitation artisanale des minerais et lʼartisanat.

Lʼinsuffisance dʼaccès à la fois aux soins de santé et à lʼéducation est un problème critique pour les commu­nautés à la forêt. 45% des ménages interrogés comptent un ou plus dʼun membre chroniquement malade, et le taux de mortalité infantile est de 23%. 49% des chefs de ménages interrogés nʼont jamais été à lʼécole. Plus grave encore, 53% des ménages enquêtés ont un ou plus dʼun enfant dʼâge scolaire non scolarisé et 30% des ménages ont trois ou plus dʼenfants non scolarisés. Le lourd fardeau des maladies augmente la pauvreté des ménages et au même moment, les anthropozoonoses posent une menace épidémiologique sur les populations de grands singes qui partagent leur habitat forestier avec les communautés riveraines. Le bas niveau dʼéducation perpétue la pauvreté plus et augmente de ce fait le niveau de lʼexploitation irra­tionnelle à long terme des ressources forestières pour satisfaire les besoins nelles. Des gorilles ont été signalés dans cette aire sacrée, connue sous le nom du Mont Rwaga.

Lorsque les membres des communautés sont interrogés sur la manière dont ils protègent traditionnellement la forêt, ils citent de nombreuses mesures, dont celles-ci : ne pas couper les arbres en désordre dans la forêt (les arbres doivent être abattus pour être exploités intégralement), ne pas brûler la forêt et ne pas chasser des animaux en gestation.

Des initiatives locales de protection de la forêt existent donc, mais elles ne suffisent pas pour la protection de grands singes et de leur habitat. Malgré l’interdiction traditionnelle de brûler la forêt, nous avons trouvé de nombreuses traces de cette pratique agricole et constaté l’installation de nouvelles habitations, particulière­ment dans les parties les plus denses de la forêt. Plus alarmant encore, les membres d’une communauté du groupement de Cirere ont rapporté avoir tué 50 gorilles avant l’interdiction imposée par le Mwami de chasser les grands singes, par ce qu’ils (gorilles) devenaient plus nombreux et étaient perçus comme une menace pour la population humaine. Ainsi, alors que les communautés disposent de connaissances traditionnelles pertinentes pour la conservation de la biodiversité, la pression anthropique représente une menace sérieuse pour beaucoup d’espèces, y compris celles totalement protégées par des lois nationales et conventions internationales, comme les grands singes. Ceci est dû à deux principales raisons :

Les communautés qui vivent dans et autour de la Forêt Communautaire de Burhinyi n’ont pas de connais­sance suffisante des nécessités de la conservation à long terme de la forêt. Elles ne croient pas que la simple exploitation de la forêt par des ménages, telles que la collecte de bois de chauffe et la chasse, re­présentent une menace sur la forêt, vu sa superficie.

Le contexte socioéconomique des communautés de la forêt est caractérisé par un degré de pauvreté élevé, conduisant à une grande dépendance des ressources naturelles pour leur survie. Cette situation accroît les menaces pour les grands singes et leur habitat, en particulier par l’exploitation abusive des produits ligneux et non ligneux, la chasse, l’exploitation minière artisanale et le brûlis de la forêt à des fins agricoles ainsi que la construction de nouvelles habitations.

Contexte socioéconomique des communautés de la forêt

Selon lʼIndex Multidimensionnel de Pauvreté basé sur des indicateurs socioéconomiques dans six domaines (démographie, éducation, logement, santé et sécurité alimentaire/économique), le taux de pauvreté dans les communautés qui vivent dans et autour de la Forêt Communautaire de Burhinyi est de 57%, avec 19% des ménages ayant un niveau de pauvreté sévère. Le niveau élevé de pauvreté de ces communautés a un impact direct sur les types et le degré de pression humaine auxquels la forêt et ses grands singes sont confrontés, comme le montrent trois aspects du contexte socioéconomique : la subsistance, la santé et lʼéducation.

Presque toutes les activités de sub­sistance des communautés reposent sur lʼexploitation des ressources fo­restières, et le taux très élevé de la croissance démographique (la taille moyenne des ménages est de 7,1 personnes) signifie que cet état de chose pèsera grandement sur les grands singes et leur habitat au cours des décennies avenir. Lʼagriculture et lʼélevage sont les activités de subsistance les plus importantes et sont respectivement pratiqués par 96% et 69% des ménages. La pratique plus large de lʼagriculture pose un risque parti­culier sur la forêt et sa population de grands singes à cause de la pratique de lʼagriculture sur brûlis. Dʼautres ac­tivités de survie incluent lʼexploitation des produits ligneux et non ligneux, la chasse, lʼexploitation artisanale des minerais et lʼartisanat.

Lʼinsuffisance dʼaccès à la fois aux soins de santé et à lʼéducation est un problème critique pour les commu­nautés à la forêt. 45% des ménages interrogés comptent un ou plus dʼun membre chroniquement malade, et le taux de mortalité infantile est de 23%. 49% des chefs de ménages interrogés nʼont jamais été à lʼécole. Plus grave encore, 53% des ménages enquêtés ont un ou plus dʼun enfant dʼâge scolaire non scolarisé et 30% des ménages ont trois ou plus dʼenfants non scolarisés. Le lourd fardeau des maladies augmente la pauvreté des ménages et au même moment, les anthropozoonoses posent une menace épidémiologique sur les populations de grands singes qui partagent leur habitat forestier avec les communautés riveraines. Le bas niveau dʼéducation perpétue la pauvreté plus et augmente de ce fait le niveau de lʼexploitation irra­tionnelle à long terme des ressources forestières pour satisfaire les besoins des ménages, avec les risques associés de survie pour les grands singes.

Protection de grands singes et rôle de l’approche de « Forêt Communautaire »

Au moment où l’objectif du gouvernement congolais est d’étendre la superficie des aires protégées à 15% de l’étendue nationale d’ici 2020, les résultats récents de recherche sur les politiques de gestion des aires protégées en RDC révèlent que cet objectif est entravé par des conflits entre les gestionnaires des aires protégées existantes et les communautés riveraines. Ces conflits sont surtout la conséquence d’approches inappropriées dans la création des aires protégées existantes par le gouvernement. Dans le cas de la Chefferie de Burhinyi, lorsqu’ils furent interrogés sur le rôle que le gouvernement pourrait jouer dans la protection de leur forêt, les membres de la communauté ont déclaré catégoriquement que ce dernier ne devrait pas imposer « une protection intégrale » de la forêt – qui est la source de leur survie – pour établir un parc national ou une réserve forestière. Ils ont insisté sur le fait que la conservation de la forêt devait rester la prérogative des communautés et leaders locaux qui « ont géré » cette forêt depuis le temps de leurs ancêtres, et que le rôle du gouvernement ou d’autres acteurs externes devait se limiter à une assistance pour aider les communautés à mieux protéger leur forêt.

Considérant les leçons apprises lors de la création des aires protégées existantes et le point de vue des communautés de la forêt à Burhinyi, l’approche de « forêt communautaire » semble être la plus faisable, aussi bien pour étendre la superficie des aires protégées au Congo que pour mieux protéger les grands singes qui vivent dans des forêts non protégées. Cette approche doit impliquer les communautés dans la désignation des forêts, dont elles dépendent pour leur subsistance, et dans leur gestion. La principale limite de cette approche est qu’il n’existe pas encore de législation en RDC pour établir et réguler les forêts communautaires, à l’exception de quelques passages sur les forêts et la survie de communautés que l’on trouve dans les Codes Forestier et Minier. L’insuffisance des compétences, des connaissances et des possibilités d’action des communautés dans le domaine de la conservation et de la protection de grands singes sont des problèmes qui doivent impérativement être résolus pour que cette approche de « forêt communautaire » soit réaliste et efficace.


Ici: Kahuzie Biega, Photo: A.Mikugo

Plans pour le futur

Il y a un besoin urgent d’entreprendre des études biologiques approfondies et d’évaluer l’impact des activités humaines sur la faune et la flore, afin de développer une stratégie appropriée de conservation communautaire pour la Forêt Communautaire de Burhinyi. Strong Roots a mis en place une « Note Conceptuelle » appelant toutes les parties prenantes à contribuer à la conservation à long terme de la forêt et de ses grands singes.

Les activités-clés proposées dans cette note sont de cartographier la forêt, d’estimer l’abondance et la distribution des populations de grands singes et de concevoir une stratégie efficace de conservation de la forêt en collaboration avec les communautés locales, destinée à être mise en oeuvre par ces dernières. Citons entre autres mesures la mise en place d’une Equipe de Suivi de Grand Singe pour une collection journalière des données sur ces animaux, ainsi qu’un Comité de Conservation Communautaire destiné à assurer la préservation à long terme de la forêt. Ces activités seront complétées par des projets d’élevage et de santé communautaire ainsi que par des initiatives d’éducation environnementale cadrées sur les communautés et les écoles.


Ici Kahuzie Biega, Photo: A.Mikugo

Tout cela devrait apporter des connaissances et des moyens d’action nécessaires aux communautés de Burhinyi qui dépendent de la forêt pour s’engager dans la gestion rationnelle des ressources forestières ainsi que dans des alternatives socioéconomiques à l’exploitation abusive de leurs ressources.

La Forêt Communautaire de Burhinyi est la première forêt non protégée de la province du Sud Kivu où les communautés peuvent prétendre appliquer une politique scientifique de conservation en concertation avec les connaissances et pratiques traditionnelles, afin de protéger les grands singes. L’intention de ce projet pilote est d’assurer la préservation à long terme de la Forêt Communautaire de Burhinyi et de sa population de grands singes en utilisant un modèle de conservation com­munautaire qui pourrait être répliqué dans d’autres forêts non protégées de la région des Forêts du Bassin du Congo. Ce projet procurera aussi au gouvernement de la RDC une expérience et des outils permettant de créer une législation pertinente pour la gestion des forêts communautaires et ainsi, d’atteindre son objectif d’étendre la surface des aires protégées à 15% du territoire national en RDC.

Dominique Bikaba, Diane Cowel, Bertin Murhabale et Ntamwira Niranda

Nos recherches ont été réalisées grâce à l’appui financier du Indigenous Leaders Conservation Fellowship Program accordé à Domi­nique Bikaba par Conservation International. Nous sommes particulièrement redevables au Mwami Cirhulwire II Richard et à toutes les autorités locales qui ont participé et mobilisé leurs populations pour des réunions et des enquêtes ayant permis la collecte de nos informations. Nous sommes aussi reconnaissants à Papy Cimalamungo et David Mushagalusa pour leur contribution à cette étude.

7 Gorilla Journal 44, juin 2012